Départ à la retraite : le salarié peut-il changer d’avis ?

Rédigé le 19/10/2021


Un salarié peut décider de partir à la retraite pour bénéficier de sa pension de vieillesse. Il doit alors respecter un préavis. Mais que se passe-t-il si vous changez d’avis en cours de préavis : faut-il alors annuler votre départ à la retraite ou l’employeur peut refuser la rétractation ?

Départ à la retraite : une décision du salarié

Le départ à la retraite ne doit pas être confondu avec la mise à la retraite.

Lorsqu’on parle de mise à la retraite, c’est l’employeur qui décide de faire partir le salarié soit d’office car il a atteint 70 ans, soit avec son accord s’il n’a pas atteint 70 ans mais qu’il a atteint l'âge d’ouverture du droit à pension à taux plein.

S’agissant d’un départ à la retraite, c’est le salarié qui choisit de quitter l’entreprise pour bénéficier d'une pension de vieillesse. Il a alors droit à une indemnité de départ à la retraite.

Il n’y a pas de formalisme particulier à respecter sauf si le contrat de travail ou la convention collective prévoient quelque chose à ce sujet. Le salarié doit toutefois prévenir suffisamment tôt car il doit respecter un préavis équivalent au préavis de licenciement.

Si le salarié fait part à l’employeur de sa demande oralement, pour l’employeur il est vivement conseillé qu’il vous demande une confirmation écrite de façon à avoir une preuve que c’est bien vous qui êtes volontaire à la retraite et que votre demande n’est pas équivoque.

Attention

Si le courrier par lequel vous manifestez votre intention de prendre votre retraite invoque des griefs à l’encontre de l’employeur, votre départ pourrait être considéré comme une prise d’acte et non un départ à la retraite. Avec le risque, en cas de litige et si les griefs sont valables, que le départ soit requalifié en licenciement sans cause réelle et sérieuse.

Départ à la retraite : possibilité de refuser une rétractation de dernière minute

La Cour de cassation vient de se prononcer sur la possibilité pour le salarié de changer d’avis et d’annuler son départ à la retraite. En l’espèce le salarié avait informé son employeur de sa décision de faire valoir ses droits à la retraite le 31 août 2012 pour un départ au 1er janvier 2013. Il a annulé sa demande 4 jours avant le départ - le 27 décembre - ce qui a été refusé par la société, poussant le salarié à demander sa réintégration et des indemnités. Le salarié estimait que le refus de l'employeur d'accepter la rétractation de sa demande de départ à la retraite était abusif et discriminatoire. Il faisait notamment valoir qu’il était en arrêt maladie depuis le 15 novembre 2012 et avait été victime de discrimination syndicale depuis plusieurs années.

Les juges n’ont pas suivi. Pour la cour d’appel, l'employeur n'avait pas abusé de son droit de refuser le report du départ à la retraite compte-tenu de la volonté claire et non équivoque de la demande initiale du salarié, de la tardiveté de sa rétractation et de l'absence d'explications particulières de celle-ci.

La Cour de cassation est du même avis. Elle relève :

  • Le caractère clair et non équivoque de la décision de partir à la retraite ;
  • Le fait que le salarié avait demandé la rétractation tardivement en indiquant qu'il reprendrait contact dès que son départ à la retraite pourrait être programmé sans donner plus de précision ;
  • Qu’il ne fût pas établi que la société avait connaissance de l'état de santé dans lequel se trouvait le salarié.

Au vu de ces différents éléments, le refus de l'employeur de tenir compte de la rétractation tardive du salarié ne constituait pas un élément laissant supposer l'existence d'une discrimination en raison de l'état de santé ou de ses activités syndicales.

Important

Dernièrement les obligations de l’employeur en cas de départ à la retraite d’un salarié ont été renforcées. Il doit dorénavant proposer au salarié sur le départ des actions de sensibilisation à la lutte contre l’arrêt cardiaque et aux gestes qui sauvent. Depuis le 1er octobre 2021 une visite médicale doit aussi être prévue dans certains cas.

(Edition TISSOT)