Le train pourrait supplanter (avantageusement) l’avion !

Rédigé le 27/07/2021


Il fut un temps où les Français, via l’ancienne compagnie Air Inter, prenaient l’avion comme les Américains. Puis le TGV a tout changé. Et continue de tout changer, des décennies après l’arrivée des premières rames orange. La Convention Citoyenne réunie en 2020 a proposé de frapper un grand coup : interdire toutes les liaisons aériennes en France quand existe une alternative en train de quatre heures maximum.

En clair, terminés les Paris – Bordeaux, Paris – Marseille, Paris – Clermont, Marseille – Toulouse (3 h 45 meilleur temps), Paris – Lyon ou Nantes ou Brest (3 h 32). L’idée étant très clairement de diminuer les émissions de CO2. On sait qu’un passager du vol Paris – Marseille émet 53 fois plus de gaz à effets de serre (84,8 kg) qu’un voyageur optant pour le TGV. Impossible, répondent les partisans de l’aérien, de s’attaquer aux lignes intérieures.

Pour une raison très simple : le ferroviaire, dans bien des cas, n’est pas en mesure de remplacer l’avion. Faux, répond l’association Réseau Action Climat qui a publié le 16 juin un rapport justement intitulé : « Le train peut-il absorber les voyageurs des lignes aériennes intérieures en France ? » La réponse est sans ambiguïté : oui ! L’ONG assurant même que la proposition initiale de la Convention Citoyenne de supprimer les vols en cas d’alternative ferroviaire en moins de quatre heures pouvait « être facilement mise en œuvre. (…) Les résultats de l’étude démontrent que l’ensemble des voyageurs aériens des 23 lignes pour lesquelles il existe une alternative en train en moins de quatre heures pourraient être reportés sur le train, tant à l’échelle de la journée entière qu’en heure de pointe. »

  Face aux propos de la ministre de la Transition écologique Barbara Pompili, qui déclarait ne pas souhaiter « mettre en difficulté les territoires enclavés, accessibles uniquement en avion », le Réseau, avec l’appui technique du bureau d’études Egis Rail, a donc passé au crible la performance du train vis-à-vis de l’avion. Non seulement le gain en émissions de CO2 s’avère conséquent. Mais avec ici un train en plus dans les deux sens (Paris – Clermont), là des rames de plus grande capacité (type TGV Duplex double rame) pour Paris – Biarritz et Lyon – Rennes, ici un départ plus tôt de Paris (pour Pau), le ferroviaire supplante l’aérien. « Non seulement le remplacement par le train de tous ces trajets est techniquement faisable mais en plus cela ne nécessiterait pas de dépenses conséquentes, analyse Valentin Desfontaines, responsable mobilités durables au sein de Réseau Action Climat. Pour les trajets de moins de quatre heures, notre conclusion est qu’il n’existe aucune raison satisfaisante de conserver ces lignes. »

Le gouvernement, soutenu par le Parlement, en a pourtant décidé autrement. Seuls les trajets parcourus en moins de deux heures trente par le train seront concernés par cette mesure d’interdiction « light ». Que défend Jean-René Cazeneuve, député LREM du Gers et rapporteur général du projet de loi « Climat et résilience » : « Si on l’avait appliqué, ça aurait été une catastrophe pour les territoires. On ajuste ce critère à 2 h 30. Quel autre pays au monde interdit des liaisons aériennes ? On envoie un signal extrêmement fort. » Ajoutant : « Nous ne sommes pas pour une écologie brutale. »

" SUR PARIS – BORDEAUX, L'OFFRE TGV ACTUELLE PERMETTRA D'ABSORBER LE REPORT DU TRAFIC AÉRIEN ", SNCF

Au final, seules cinq lignes intérieures se retrouvent dans le collimateur : Paris – Bordeaux, Paris – Nantes, Paris – Lyon, Paris – Rennes et Lyon – Marseille. Sauf pour certains vols au départ du hub de Roissy-Charles-de-Gaulle (pour préserver les correspondances).

Chez Greenpeace, on fait grise mine : « La mesure proposée dans le projet de loi issu de la Convention Citoyenne n’a aucune ambition climatique », juge Sarah Fayolle, spécialiste des questions de transport au sein de l’ONG. De son côté, la SNCF vient en appui aux associations écologistes : « Pour les lignes concernées par la future interdiction, l’évaluation des disponibilités résiduelles montre que Voyages SNCF est en mesure d’absorber, dans les prochaines années, le trafic supplémentaire sans modifier son plan de transport, répond un porte-parole. Sur Paris – Bordeaux par exemple, l’offre TGV actuelle permettra largement d’absorber le report du trafic aérien (10 A/R Orly – Mérignac représentant 2 000 places par jour), tout en offrant une qualité de service pour les professionnels équivalente. Le rail est donc une alternative crédible, fiable et vertueuse pour pallier à ces suppressions. » Qui se souvient, en effet, qu’il n’y a pas si longtemps volaient des Paris – Strasbourg ou des Paris – Lille, définitivement et avantageusement remplacés par le train ?

La SNCF et Air France élargissent leur service Train + Air

A partir du 19 juillet, sept liaisons de plus complètent le service Train + Air lancé il y a plus de 25 ans par Air France et SNCF. Ce service, qui permet de combiner dans une même réservation des trajets en train et en avion, sera alors ouvert entre Paris-Charles de Gaulle et Aix-en-Provence TGV, Bordeaux Saint-Jean, Marseille Saint-Charles et Montpellier Saint-Roch, ainsi qu’entre Paris-Orly (via la gare de Massy TGV) et Valence TGV, Avignon TGV, Marseille Saint- Charles.

Baptisé « Train + Air », il est utilisé chaque année par plus de 160 000 clients depuis ou vers les aéroports de Paris-Charles de Gaulle et Paris-Orly, jusqu’alors sur 11 liaisons. « Grâce à « Train + Air », les clients disposent d’une seule réservation pour l’ensemble de leur voyage et d’une place garantie sur le prochain vol ou TGV INOUI disponible, sans frais, en cas de retard du train ou de l’avion », explique la SNCF dans un communiqué. Par ailleurs, une expérimentation est menée au départ des gares de Lille Europe et de Strasbourg, en correspondance avec un vol Air France, via les aéroports de Paris-Charles de Gaulle ou de Paris-Orly, permettant aux clients de s’enregistrer en ligne sur airfrance.fr avant le départ, pour la totalité de leur voyage, y compris le trajet en train. Les voyageurs et n’ont donc plus besoin de récupérer leur billet en gare le jour du départ. « Si le test est concluant, ce service pourra être déployé sur l’ensemble des trajets « Train + Air » dès 2022 », indique la compagnie ferroviaire.

(Source Ville-Rail-Transports.com)