Veolia-Suez : un compromis de bon sens? Pour les salariés?

Rédigé le 13/04/2021


L’accord annoncé, lundi 12 avril, pour le rachat de Suez par Véolia semble profitable aux deux groupes. Le premier se recentre ainsi ses activités à plus forte valeur ajoutée et le second va pouvoir mener à bien son projet de « champion mondial de la transformation écologique ».

Le capitalisme est décidément prévisible. Dans une OPA, une fois que chacun a évoqué de grands principes, formulé les promesses qui n’engagent que ceux qui les croient, fait valoir que sa stratégie est la plus porteuse d’avenir, le juge de paix reste toujours le prix consenti par l’assaillant. Le rachat de Suez par Veolia, qui semblait insurmontable ces derniers mois, ne fait pas exception à cette règle. Il a fallu que le second relève son offre de 1,6 milliard d’euros, lundi 12 avril, avec quelques aménagements à la marge par rapport à l’offre de départ, pour emporter les dernières réticences du premier.

Il faut se féliciter que le bon sens ait fini par l’emporter dans ce duel franco-français, qui, à force de se prolonger, aurait fini par fragiliser les deux champions de la gestion de l’eau et des déchets. Le point de non-retour avait failli être atteint avec la guérilla juridique menée par Suez, qui semblait avoir exploité tous les recours possibles pour ne pas tomber dans l’escarcelle de son concurrent.

Il y a quelques jours, Suez s’est fait rappeler à l’ordre de façon inédite par l’Autorité des marchés financiers (AMF), qui estimait que la défense déployée par Philippe Varin et Bertrand Camus, respectivement président et directeur général du groupe, contrevenait au droit boursier en ne respectant plus le libre jeu des offres et de leurs surenchères.

Une médiation d’utilité publique

Au-delà du cas spécifique de l’OPA de Veolia sur Suez, c’était la réputation de la place financière de Paris qui aurait été entachée. De ce point de vue, Gérard Mestrallet, ancien président de Suez et ex-président de Paris Europlace, a su mener une médiation d’utilité publique entre les différents protagonistes.

Plus essentiel encore, le compromis trouvé ne conduit pas au dépeçage que les opposants au rapprochement redoutaient. L’intégrité de Suez est garantie, sur le plan social, comme sur le plan industriel. L’opération aboutit au maintien d’une entité centrée sur les activités françaises dans l’eau municipale et les déchets. Le groupe restera un concurrent significatif de Veolia, évitant à ce dernier d’abuser de sa position dominante sur le marché national.

Même si le périmètre de Suez se retrouve amputé d’une dizaine de milliards d’euros de chiffre d’affaires, la nouvelle société se voit doter d’un capital a priori solide, détenu majoritairement par des fonds d’investissement français. Loin de disparaître corps et âme, le groupe se recentre sur des activités à plus forte valeur ajoutée, qui lui ouvrent des perspectives stratégiques prometteuses dans le traitement des eaux en Europe, mais aussi en Afrique et en Asie.

De son côté, Veolia, grâce à l’apport des activités de Suez situées à l’étranger, va pouvoir mener à bien son projet de « champion mondial de la transformation écologique », avec 37 milliards de chiffre d’affaires, capable de se retrouver en bonne position pour participer à la future consolidation du secteur. Le PDG de Veolia, Antoine Frérot, vise une augmentation rapide de la rentabilité du nouveau groupe, au prix d’une envolée de la dette, qui s’alourdit un peu plus en raison du relèvement du prix d’acquisition. Il sera jugé sur pièces.

En attendant, en dépit des concessions de dernière minute arrachées par Suez, l’opération est un succès total pour lui. Antoine Frérot réussit là où Henri Proglio, son prédécesseur chez Veolia, et Gérard Mestrallet, l’ex-patron de Suez, avaient échoué. Preuve que, si son intuition était ambitieuse, elle ne devait pas être si mauvaise que certains le prétendaient.

(source le monde)