Le taux de marge des entreprises poursuit son augmentation en ce début d’année.

Rédigé le 20/03/2021


Les conséquences du Covid-19 ont été désastreuses pour l’emploi et vont continuer à l’être dans les prochains mois. La note de conjoncture publiée par l’INSEE ce mois-ci permet de chiffrer l’ampleur de l’impact de la crise sur l’emploi en France en 2020 : entre décembre 2019 et décembre 2020, 284 000 emplois salariés ont été détruits.  « Il s’agit de la première baisse annuelle depuis 2012. Le niveau d’emploi fin 2020 est comparable à celui de mi-2018 », précise l’INSEE.
Entre 2019 et 2020 la baisse du nombre d’emplois se décompose principalement ainsi :

  • -299 000 emplois pour le tertiaire marchand (hébergement restauration, services aux ménages, etc.) ;
  • -84 000 emplois dans l’industrie (y compris l’intérim) ;
  • +27 000 emplois dans la construction ;
  • +72 000 emplois dans le tertiaire non-marchand.

Ces destructions d’emplois sont en partie la conséquence de plan d’économies mis en œuvre par les entreprises, qui ont diminué leur masse salariale de manière significative, par la diminution des emplois, et par le recours à l’activité partielle. « Les rémunérations versées aux salariés par les sociétés non financières ont diminué de 6,1 % en 2020. Cette forte baisse reflète la prise en charge d’une partie des salaires par les administrations publiques, via l’activité partielle : le profil trimestriel des rémunérations versées suit ainsi, de manière inversée, celui du recours à ce dispositif. », indique l’INSEE.
 
Cette baisse de la masse salariale a permis aux entreprises de voir leur marge se redresser au cours de l’année 2020. Le taux de marge (l’INSEE le mesure en divisant l’Excédent brut d’exploitation par la valeur ajoutée) s’est établi à 29,3% contre 33,2% en 2019, étant entendu que le taux de marge de 2019 était majoré de 1 point par le « double versement » du CICE (crédit d’impôt compétitivité emploi) cette année-là. Ce double versement était dû au fait que le CICE a été supprimé depuis le 1er janvier 2019 et remplacé par un allègement de cotisations patronales. 2019 a été une année de transition durant laquelle les entreprises ont bénéficié des deux dispositifs.
 
« Au premier trimestre 2021, la hausse du taux de marge se poursuivrait, jusqu’à atteindre 31,3 % », estime l’INSEE. Hors effet double versement du CICE en 2019, les taux de marges ne sont ainsi aujourd’hui plus très loin de leur niveau d’avant Covid-19. Une nouvelle mesure de soutien public va venir encore améliorer leur taux de marge cette année : la baisse des impôts de production pour un montant annuel de 10 milliards d’euros.
 
En soutenant les taux de marge, les dispositifs de soutiens publics permettent aux entreprises de poursuivre leurs investissements. S’ils ont diminué de quasiment 10% en 2020, on remarque qu’en proportion de la valeur ajoutée, ils ont progressé, passant de 22,9% à 23,2% en 2020. « Cette légère hausse au cours d’une année de crise inédite tranche avec l’évolution du taux d’investissement des ENF lors de la crise économique et financière de 2009 : celui-ci avait alors diminué de 2 points et n’avait retrouvé que progressivement son niveau initial. », souligne l’INSEE. En ce premier trimestre 2021, les investissements progressent au global de +2% et en en particulier pour les biens manufacturés (+1%), les services (+1%) et pour la construction (+3%).
 
L’ensemble de ces données macro-économiques invitent à la vigilance lorsque des directions d’entreprises justifient des plans de licenciements ou le gel des salaires par les conséquences de la crise du Covid-19. Si la conjoncture actuelle est indéniablement très difficile, les dispositifs massifs de soutiens publics permettent à de nombreux groupes de toutefois maintenir, voire augmenter, leurs taux de marges.
 
Certaines entreprises peuvent avoir tendance à utiliser la crise comme un effet d’aubaine pour réaliser des économies, dont elles n’ont en fait pas la nécessité économique. À l’inverse, d’autres entreprises sont sous perfusion de l’État et risquent de connaître de lourdes difficultés quand les remboursements du Prêt garanti par l’État commenceront et quand les dispositifs de chômage partiel disparaîtront sous la forme actuelle. Les représentants du personnel ont un rôle important à jouer dans le cadre de leur prérogative économique pour faire la lumière sur ces enjeux au sein de leur entreprise.

(source jds)