Surcharge de travail, burn-out, harcèlement … les représentants du personnel sont aussi exposés !

Rédigé le 03/02/2021


Devenir représentant(e) du personnel, c’est s’engager pour les autres : pour les collègues qui souffrent au travail, pour ceux qui font face à un licenciement ou encore pour ceux qui espèrent une offre d’activité sociale et culturelle intéressante.

Mais cet engagement peut exposer les représentants du personnel à des tensions avec la direction voire à des discriminations. Dans son 12e baromètre des discriminations au travail (2019), le Défenseur des droits a montré que 46% des syndiqués et représentants du personnel interrogés estimaient avoir été victimes de discrimination en raison de leur engagement.

En effet, les représentants du personnel peuvent faire l’objet de discriminations caractérisées par des évaluations professionnelles défavorables, l’absence d’évolution de carrière, le gel de toute augmentation de salaire mais également subir un harcèlement moral par des brimades, des vexations à répétition ou une mise à l’écart du collectif de travail.

Ces situations, parfaitement illicites, sont une source majeure de souffrance au travail pour les représentants du personnel et découragent les salariés de s’impliquer davantage au sein du CSE ou d’un syndicat.

Mais il existe aussi des contraintes qui pèsent sur l’activité des représentants du personnel sans intervention de l’employeur. Pour saisir l’existence de ces contraintes et y faire face, il faut considérer qu’un CSE ou un syndicat est un lieu de travail à part entière : on y exerce une activité, on utilise ses compétences, on doit trouver une organisation collective et on y entretient des rapports sociaux plus ou moins apaisés. Bref, c’est un lieu de risques professionnels, en particuliers psychosociaux.

Le premier risque, dont nous sommes souvent témoins lors de nos expertises ou de nos formations, est lié à la charge de travail. De façon permanente ou par période, les représentants du personnel doivent traiter une grande quantité d’informations, participer à des réunions, rendre des avis et recueillir la parole de leurs collègues. L’ensemble de ces tâches peut prendre un temps considérable mais aussi une place importante sur le plan moral. C’est encore plus vrai depuis la fusion des CE, CHSCT et DP en une seule instance : non seulement les tâches ne sont plus réparties comme par le passé mais en plus le nombre total d’élu est généralement moins important. Il faut donc faire plus avec moins de monde et en traitant davantage de sujets à la fois.

L’exercice d’un mandat nécessite par ailleurs un travail émotionnel. Les représentants du personnel sont amenés à devoir réguler leurs émotions, par exemple pour recueillir la parole d’un collègue en souffrance ou pour faire face à des tensions au sein du collectif comme face à la direction. Parfois, dans des situations très conflictuelles comme une réorganisation ou un plan de sauvegarde de l’emploi, des élus peuvent s’effondrer psychologiquement. Dans le pire des cas, c’est l’épuisement professionnel (burn out) qui survient et qui peut se traduire par un sentiment de grande fatigue émotionnelle (« je suis vidé ») conduisant à un profond découragement et une perte de sens (« à quoi bon ? »). 

Rappelons que les membres du CSE ont pour mission d’assurer la prévention de la santé au travail de tous salariés, en ce compris celle des représentants du personnel. Cela implique de définir collectivement une organisation du travail adaptée au comité, qui répartit équitablement les missions et le travail entre les personnes, mais également des mesures de prévention de la santé pour les membres du CSE, en formalisant des moments pour se parler, pour que chaque élu puisse exprimer sa souffrance et écouter celle des autres, et pour trouver des solutions pour améliorer le fonctionnement collectif. Il ne faut pas oublier que même quand on s’engage pour les autres, on a besoin de reconnaissance, de valorisation de son action, de réflexion collective sur ses pratiques. Comme dans le monde du travail en général, l’isolement et la désunion sont des catalyseurs de souffrance.

Prendre soin de soi pour mieux prendre soin des autres : une mission de plus pour les représentants du personnel !

(source les jds)