Aéroport d’Orly : six mois de prison ferme pour le directeur harceleur

Rédigé le 11/12/2020


La FGT CFTC partie civile! Ce responsable d’une société de sous-traitance, condamné hier, faisait « régner la peur » parmi ses employées.

QUELQUES SECONDES avant le prononcé du délibéré, hier, il tente un coup de pression en pleine salle d’audience. Cette fois, c’est à nous qu’il s’en prend. Retenu par la manche par son avocate et rappelé à l’ordre par l’huissier, il finit par s’avancer jusqu’à la barre quand la présidente du tribunal correctionnel de Créteil, dans le Valde-Marne, l’appelle. Douze mois de prison dont six avec sursis pour avoir harcelé une dizaine d’employées qu’il avait sous sa direction. C’est ce qui avait été requis par le parquet. L’huissier lui demande, comme pour chaque prévenu, de signer le procès-verbal. « J’ai le droit de relire, s’agace-t-il. Faut que je voie avec mon avocate si je dois signer. » « Il ne reviendra plus à Orly, hein ? » Dans le public, les deux victimes qui s’étaient déplacées éclatent en sanglots de soulagement. Pour résumer, Youcef D., directeur d’AOC Alyzia Orly, un sous-traitant qui assure la prise en charge de passagers, était accusé d’avoir fait régner la terreur à l’aéroport entre 2014 à 2019. Il y travaille toujours, mais à Roissy (Val-d’Oise), où il serait directeur du « facteur humain et du management », s’était-il présenté. « Je gère plus de 6 000 personnes », évaluait-il.

Lors du procès, au milieu duquel la présidente avait été contrainte d’évacuer le public tellement l’ambiance était tendue, les victimes avaient défilé pour raconter leur calvaire. « Un jour, il m’a dit Je suis venu ici pour te mettre la misère », avait témoigné l’une des salariées. « J’ai failli me suicider plusieurs fois », avait également enchaîné une autre employée. Une responsable de ressources humaines avait dénoncé un « harcèlement puissance 10 ». « Il montrait du doigt en disant Assis ! Couché ! avait-elle raconté. On ne parle pas à une RH comme ça. Il m’a mis plus bas que terre. J’ai eu envie de me foutre en l’air. » Des faits que le prévenu avait contestés en bloc en rappelant qu’il avait été nommé « pour restaurer un dialogue serein avec le personnel » car la direction « n’arrivait plus à échanger avec les partenaires sociaux. » « Il instaurait le règne de la peur », dénonce pourtant une représentante Unsa du personnel à la sortie de l’audience. « Il ne reviendra plus à Orly hein ? », vient s’enquérir une de ses collègues. « On n’en est qu’à la première mi-temps » Pendant les six mois de prison ferme, Youcef D. ne sera pas incarcéré mais portera chez lui un bracelet électronique. Le tribunal a également ordonné une interdiction de se rendre à l’aéroport d’Orly et d’entrer en contact avec ses victimes. Il devra aussi se soigner. Il versera des dommages et intérêts importants (jusqu’à 20 000 € rien que pour la responsable des ressources humaines) à quasiment toutes les parties civiles. Le groupe 3S-Alyzia, auquel il appartient toujours, mettra aussi la main à la poche solidairement, a décidé le tribunal. « Ce n’est que la partie émergée de l’iceberg, nous confiait un représentant CFTC, le seul syndicat à s’être porté partie civile. Derrière toutes les victimes, il y a toutes celles qui n’ont pas osé l’attaquer. » « C’est toute une communauté de travail qui était harcelée », a dénoncé Mounir Bourhaba, l’avocat de trois victimes et du syndicat. Et d’estimer que la « peine est légère par rapport aux souffrances des salariées ». « Il y a aussi une incertitude sur ce qui va se passer après, glisset-il. On n’en est qu’à la première mi-temps. Il va forcément faire appel. »

(source LE PARISIEN)