PLAN JEUNES : Comment les IRP peuvent elles s'y impliquer?

Rédigé le 09/10/2020


Amortir l’impact de la crise économique sur les jeunes – déjà insérés dans le monde professionnel ou sur le point d’y entrer – qui en sont les premières victimes : c’est le sens du « plan jeunes », l’un des volets du plan de relance économique présenté par le gouvernement avant l’été. Un plan dédié aux 16-25 ans et articulé autour de trois grands axes : les mesures d’orientation et de formation, l’accompagnement des jeunes éloignés de l’emploi grâce à des parcours d’insertion sur-mesure, mais, en premier lieu, la facilitation de l’entrée dans la vie professionnelle, avec des mesures financières incitatives. D’une part, toute embauche d’un jeune de moins de 26 ans entre août 2020 et janvier 2021 pour un contrat de plus de trois mois donne lieu à une compensation de charges de 4 000 euros. D’autre part, le recrutement d’un apprenti (jusqu’au niveau master) ou d’un alternant (jusqu’au niveau licence pro) entre le 1er juillet 2020 et le 28 février 2021 ouvre droit à une aide exceptionnelle de 8 000 euros si l’alternant ou l’apprenti a plus de 18 ans et de 5 000 euros s’il est plus jeune. 

Le gouvernement s’est ainsi fixé un objectif de 450 000 contrats signés, grâce au coup de pouce à l’embauche, et de 230 000 contrats d’apprentissage ainsi que de 100 000 contrats de professionnalisation bénéficiant de la prime. « La Loi Avenir Professionnel de septembre 2018 avait donné un nouvel élan à l’apprentissage, souligne Thierry le Guellec, consultant Secafi. Mais les effets de la crise sur les politiques en matière d’apprentissage promettent d’être sévères pour de nombreux secteurs comme l’automobile, l’aéronautique ou le tourisme, dont l’activité est durablement impactée à la baisse. » Pour Antoine Rémond, Directeur adjoint du Centre Etudes & Prospective (CEP), la prime exceptionnelle pour l’embauche d’apprentis pourrait aider les entreprises à atteindre leurs quotas en matière d’apprentissage. « L’aide à l’embauche et la prime à l’apprentissage sont bienvenues pour débloquer la situation des jeunes qui arrivent massivement sur le marché du travail en septembre mais la question de l’accès à un emploi durable reste en suspens. Celui-ci sera conditionné à la vigueur et à la pérennité de la reprise économique », observe-t-il.

Comment, de leur côté, les représentants du personnel peuvent-ils s’associer à ces sujets si importants de l’emploi des jeunes ? Aucune information ou information-consultation du CSE n’est prévue dans le cadre de la mise en œuvre des différentes mesures du « plan jeunes ». Toutefois, les représentants du personnel peuvent utiliser les informations-consultations récurrentes pour faire entendre leur voix, échanger avec leurs directions, obtenir des données complémentaires et creuser certains sujets en s’appuyant sur le travail de leur expert, dans le cadre des expertises annuelles. Les aspects financiers (économies de charges et aides exceptionnelles) peuvent être appréhendées dans le cadre de la situation économique de l’entreprise. Et la consultation sur la politique sociale offre aussi un terrain d’échanges avec les directions sur l’utilisation de ces aides et, plus globalement, sur leurs projets en matière de recrutements et d’apprentissage. L’apprentissage, mais aussi les conditions d’accueil des stagiaires et, bien sûr, l’emploi font en effet partie de la douzaine de thèmes couverts par cette information-consultation annuelle.  

Outre l’apprentissage, c’est le sujet plus vaste de la politique de développement des compétences et de la formation qui s’impose aux directions et aux élus par le biais du « plan jeunes ». « Il ne faut surtout pas se couper des compétences des jeunes, et continuer à les accompagner, insiste Thierry le Guellec. Il est important que les entreprises qui en ont les moyens, les grands groupes qui disposent d’académies ou de centres de formation internes continuent à former les jeunes pendant la crise. Et il faut probablement chercher de nouveaux dispositifs dans l’esprit des anciens contrats d’avenir. » Jérôme Didry, Responsable Etudes et Diagnostics du CEP, pour sa part, évoque l’importance de travailler sur l’employabilité au sens large, y compris dans le cadre des nouvelles dispositions d’activité partielle longue durée (APLD). « L’idée est que les entreprises intègrent un volet formation important pendant ces périodes, et ainsi faire de ce dispositif temporaire et utile un dispositif préparant l’avenir pour l’entreprise mais aussi pour l’individu, souligne-t-il. Et cela doit pouvoir concerner aussi les jeunes. »

Mais, au-delà des mesures du plan jeunes que les entreprises pourraient adopter, les représentants du personnel doivent rester attentifs aux conséquences que ces dispositions pourraient avoir sur les autres salariés de l’entreprise. En effet, favoriser une classe d’âge a des répercussions sur les autres, comme le souligne Antoine Rémond : « Les mesures du plan gouvernemental concernent les jeunes jusqu’à 25 ans, observe-t-il. Peut-être serait-il utile de suivre l’évolution des 26-30 ans dans l’entreprise, mais aussi celle des populations seniors, afin d’éviter des effets d’aubaine qui pourraient défavoriser ces tranches d’âge et déséquilibrer la pyramide des âges. » « Il n’y a rien pour cadrer vraiment et assurer des contreparties de la part des entreprises », rappelle Jérôme Didry. Un sujet sur lequel élus et organisations syndicales peuvent exercer toute leur vigilance dans le cadre des ordres du jour classiques des réunions de CSE, mais également lors de l’information-consultation sur la politique sociale.

(source SECAFI)